Depuis le 1er septembre 2026, tout établissement doit être capable de recevoir une facture électronique. Pas en 2027 : maintenant. La date de 2027, celle que tout le monde a retenue, ne concerne que l’émission de vos propres factures.
Nous sommes allés poser 15 questions à Alexandre Mayet, expert-comptable au cabinet ECOCE — celui qui suit la comptabilité de Formation Barman. Les questions sont celles que nous entendons vraiment au comptoir, pas celles d’une brochure. Ses réponses sont dans la vidéo ci-dessus.
Ce qui suit, c’est le cadre réglementaire correspondant, avec les seuils, les mentions et les montants exacts.
Comprendre ce qui change
C’est quoi, au juste, une facture électronique ?
Ce n’est pas un PDF envoyé par e-mail. Une facture électronique est un fichier dans un format structuré (Factur-X, UBL ou CII), transmis d’une plateforme agréée à une autre, avec un cycle de vie tracé par l’administration.
C’est la confusion la plus répandue, et la plus coûteuse : beaucoup de professionnels se croient déjà en règle parce qu’ils envoient des PDF. Ils ne le sont pas, dès lors que le client est une entreprise française.
Pourquoi l’État impose ça à tout le monde
Trois objectifs affichés : lutter contre la fraude à la TVA, simplifier les déclarations à terme, et donner à l’administration une vision en temps réel de l’activité économique. Pour l’entreprise, la contrepartie est concrète — nous y revenons plus bas avec les statuts de facture.
Patron de bar : suis-je concerné ?
95 % de mes clients sont des particuliers
Vous êtes concerné, mais pas par la facture électronique. Vos ventes aux particuliers relèvent de l’e-reporting : vous ne facturez pas, vous transmettez des données de transaction.
Et vous êtes concerné par la réception : les factures de vos fournisseurs arriveront par plateforme.
Mes tickets de caisse et mes additions
Ils restent des tickets. Ce qui change, c’est la remontée des données. Trois seuils à connaître :
- Sous 25 € HT — aucune obligation de délivrer une note, sauf demande du client
- Sous 150 € HT — aucune obligation de délivrer une facture ; une tolérance permet même de ne pas mentionner l’identification du client
- Au-dessus de 150 € HT vers un professionnel — la facture électronique devient obligatoire
Point important : vos transactions sous 150 € HT remontent en e-reporting par transmission des données globales à la journée. Vous ne déclarez pas ticket par ticket.
Le client d’entreprise qui veut une facture
Vous devez la lui fournir, au format électronique, quel que soit le montant. Le seuil de 150 € vous dispense d’émettre spontanément — il ne vous dispense pas de répondre à une demande.
Et si le client vous rappelle le lendemain ? C’est possible : la facture porte alors la mention « TVA déjà collectée dans le cadre du e-reporting ».
L’e-reporting, le dispositif que personne ne connaît
Quelle différence avec la facture électronique ?
| Facture électronique | E-reporting | |
|---|---|---|
| Qui | Client professionnel français | Particuliers, clients étrangers |
| Quoi | Une facture normée | Des données de transaction |
| Comment | De plateforme à plateforme | Transmission à l’administration |
| Dans un bar | Séminaires, privatisations, CSE | Le chiffre d’affaires quotidien |
Ma caisse enregistreuse va-t-elle suffire ?
C’est la question à poser à votre éditeur, dans ces termes exacts : « votre solution transmettra-t-elle mon e-reporting, et à partir de quelle date ? » La plupart des éditeurs pour le CHR ont intégré le raccordement — pas tous, et pas dans toutes les gammes.
Le calendrier, et ce que vous risquez
Les deux dates à retenir
| Date | Ce qui devient obligatoire | Pour qui |
|---|---|---|
| 1er sept. 2026 | Recevoir une facture électronique | Toutes les entreprises |
| 1er sept. 2026 | Émettre + e-reporting | Grandes entreprises et ETI |
| 1er sept. 2027 | Émettre + e-reporting | PME, TPE, micro-entreprises |
Un bar est presque toujours une TPE ou une PME : réception déjà en vigueur, émission en septembre 2027.
Si je ne suis pas prêt, je risque quoi ?
| Manquement | Sanction | Plafond |
|---|---|---|
| Facture non émise au format électronique | 50 € par facture | 15 000 € / an |
| Donnée d’e-reporting non transmise | 500 € par transmission | 15 000 € / an |
| Aucune plateforme désignée | Mise en demeure, puis 500 € après 3 mois, 1 000 € si persistance | Renouvelable tous les 3 mois |
Les deux premiers plafonds sont indépendants : pas de compensation entre eux.
Et le risque le moins visible est le plus coûteux. Une facture non conforme que vous émettez expose votre client à un refus de déduction de TVA. Sur une clientèle d’entreprises, ça ne se règle pas en amende — ça se règle en perte de compte.
Les plateformes
PDP, plateforme agréée : c’est quoi et comment je choisis ?
C’est l’intermédiaire agréé par l’administration qui émet vos factures, reçoit celles de vos fournisseurs et transmet vos données. La liste officielle est publiée sur impots.gouv.fr et mise à jour régulièrement.
Trois critères pour un bar : la compatibilité avec votre logiciel de caisse, la gestion de l’e-reporting en plus des factures, et le coût réel une fois l’abonnement de caisse pris en compte.
Mon expert-comptable peut-il tout gérer pour moi ?
C’est le cas de figure le plus fréquent chez les TPE du CHR, et c’est précisément la question qu’on a posée à Alexandre. Sa réponse est dans la vidéo — c’est la partie qui intéresse le plus les gérants que nous formons.
Le coût, et ce que ça rapporte
Combien ça va me coûter ?
Cela dépend de votre plateforme et de votre logiciel de caisse. Beaucoup d’éditeurs intègrent la fonction dans l’abonnement existant. Le réflexe à avoir : demander à votre prestataire actuel avant d’acheter une solution supplémentaire.
Est-ce que ça peut me faire gagner du temps ?
Oui, et c’est la partie dont on ne parle jamais. Chaque facture porte désormais un cycle de vie avec quatre statuts obligatoires :
- Déposée — la facture est partie
- Rejetée — refusée techniquement
- Refusée — le client la refuse, avec un motif
- Encaissée — le paiement est arrivé
Concrètement : vous savez en temps réel si votre client a reçu votre facture, s’il l’a acceptée et s’il l’a payée. Fini le « je ne l’ai jamais reçue » trois semaines après le séminaire. Pour un établissement qui court après ses règlements, c’est un outil de trésorerie autant qu’une contrainte.
Mon fournisseur de boissons
Recevoir les factures de mon grossiste
C’est le point urgent, et le plus concret. Vos brasseurs, grossistes et cavistes émettent désormais par plateforme. Sans raccordement, vous ne recevez tout simplement pas la facture — donc pas de TVA déductible, et un litige de paiement en prime.
Et l’événementiel : le cas des acomptes
Si vous facturez des privatisations, des séminaires ou des mariages, vous prenez des acomptes. La TVA de l’acompte est exigible à l’encaissement, quel que soit le type de vente. L’acompte se comptabilise en compte de bilan, le solde en compte de résultat.
Et la facture de solde doit porter une mention devenue obligatoire : « Facture définitive après acompte ».
Les 3 premières démarches, dès demain matin
- Vérifiez que vous avez une plateforme agréée en réception. C’est déjà exigible. Votre expert-comptable ou votre éditeur de caisse a peut-être fait le nécessaire — encore faut-il le confirmer.
- Appelez votre éditeur de caisse. Une question, une réponse : transmet-il votre e-reporting, et à partir de quand ?
- Mettez votre fichier clients professionnels à plat. Le SIREN devient obligatoire. Si vous facturez des entreprises, il vous faut leur SIREN et une adresse de facturation propre.
Notre partenaire sur ces sujets
La comptabilité de Formation Barman est suivie par le cabinet ECOCE, à Schiltigheim et Colmar, avec Alexandre Mayet. C’est le réflexe que nous transmettons à nos stagiaires : sur une question de TVA ou de conformité, on ne bricole pas, on appelle son cabinet. Un rendez-vous d’une heure coûte toujours moins cher qu’un redressement.
Ce que cette réforme révèle de votre gestion
Elle met en lumière ce que beaucoup d’établissements préfèrent ne pas regarder : la tenue réelle des chiffres.
Un bar qui suit son coût matière, connaît sa marge par cocktail et tient son fichier client proprement absorbera tout ça sans effort. Un bar qui découvre ses chiffres chez le comptable en fin d’exercice découvrira le reste en même temps.
Ce n’est pas une contrainte administrative de plus. C’est un révélateur.
Maîtriser la gestion de votre bar
Module distanciel
Gestion d’un bar — 33 h de progression + 1 h de visio individuelle
Coût matière, construction d’une carte rentable, gestion des stocks, réglementation — et désormais la facturation électronique, le module vient d’être mis à jour. Chaque exercice est corrigé personnellement par le formateur.
590 €
Vous ouvrez ou reprenez un établissement ?
Pack Futur Gérant de Bar — 68 h de progression
Le parcours complet pour piloter un bar : la technique derrière le comptoir et la gestion. Kit professionnel offert.
990 €
Éligible CPF, OPCO, FAF ou financement direct. Organisme certifié Qualiopi au titre des actions de formation, déclaration d’activité n° 44670691167.
Faire le point avec Marie → — 15 minutes au téléphone, gratuit et sans engagement.
Questions fréquentes
Mon bar ne facture que des particuliers. Suis-je concerné ?
Oui, par deux obligations. Vos ventes remontent en e-reporting sous forme de données globales à la journée. Et vous devez pouvoir recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs — exigible depuis le 1er septembre 2026.
Dois-je facturer électroniquement une note de 20 € ?
Non. Sous 25 € HT, vous n’avez même pas l’obligation de délivrer une note si le client ne la demande pas. Sous 150 € HT, pas d’obligation de facture. La vente remonte en e-reporting.
Un client professionnel me demande une facture pour un repas à 40 €. Je fais quoi ?
Vous devez la lui fournir, au format électronique. Le seuil de 150 € dispense d’émettre spontanément, il ne dispense pas de répondre à une demande.
Puis-je établir une facture après avoir remis un ticket de caisse ?
Oui. La facture porte alors la mention « TVA déjà collectée dans le cadre du e-reporting ».
Quelle mention sur une facture de solde après acompte ?
« Facture définitive après acompte ». La TVA de l’acompte est exigible dès l’encaissement.
Combien je risque si je ne fais rien ?
50 € par facture non conforme et 500 € par transmission d’e-reporting manquante, chacune plafonnée à 15 000 € par an sans compensation entre les deux. S’y ajoutent les amendes pour absence de plateforme agréée et le risque de non-déductibilité de TVA pour vos clients professionnels.
Sources : Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables, « Journée du numérique — Cas d’usage de la facturation électronique », 2 juillet 2026 ; norme AFNOR XP Z12-014 ; BOI-CF-INF-10-40-40 ; loi de finances 2026 (CGI, art. 1737 III, 1788 D et 1737 IV bis) ; impots.gouv.fr. Interview tournée le 8 septembre 2026 au cabinet ECOCE. Article informatif, à jour au 9 septembre 2026 — il ne remplace pas l’avis de votre expert-comptable. Numéro national d’assistance : 0 806 807 807.
