Il y a des milliers de cocktails. Il y a une dizaine de familles. Celui qui apprend les recettes une par une passera sa vie à réviser ; celui qui comprend les familles improvise avec ce qu’il a sous la main.
Voici les six structures qui couvrent l’essentiel de ce qu’on sert en bar, avec les ratios de départ et la logique de chacune.
1. Le sour — la famille la plus vaste
Alcool + acide + sucre. Daiquiri, Margarita, Whisky Sour, Sidecar, Cosmopolitan : ce sont tous des sours. Changez l’alcool, vous changez de cocktail.
Ratio de départ : 6 cl d’alcool, 3 cl de jus de citron, 2 cl de sirop simple. Shake, double filtration, verre refroidi.
Ce ratio est un point de départ, pas une loi. Un citron vert de saison est plus acide qu’un citron d’hiver : on goûte, on ajuste le sirop. Un barman qui ne goûte pas ne progresse pas.
Variante à connaître : ajoutez un blanc d’œuf et vous obtenez un sour mousseux. Il faut alors un dry shake, un premier passage sans glace pour émulsionner.
2. Le highball — le plus vendu, le plus bâclé
Un alcool, un soda, un verre haut. Gin Tonic, Cuba Libre, Whisky Coca, Moscow Mule. C’est ce qui remplit la caisse, et c’est presque toujours mal fait.
Ratio : 4 à 5 cl d’alcool, allongé à 10-15 cl de soda. Le verre doit être plein de glace, pas à moitié : moins de glace signifie plus de fonte, donc un verre tiède et dilué au bout de cinq minutes.
Le vrai levier ici, c’est le soda. Deux tonics de marques différentes n’ont ni la même amertume ni la même charge en sucre. Sur un Gin Tonic à 12 €, le choix du tonic compte autant que celui du gin.
3. L’old fashioned — la famille des cocktails d’alcool
Alcool + sucre + bitters + zeste. Pas de jus, pas de soda. Old Fashioned, Sazerac, et par extension tous les cocktails stirés comme le Manhattan ou le Negroni.
Ratio : 6 cl d’alcool, 1 cl de sirop, 2 à 3 traits de bitters. On stire au verre à mélange, jamais au shaker : le shake aère et trouble le liquide, on veut ici la limpidité.
Le Negroni est un cas à part : 3/3/3, gin, vermouth rouge, bitter italien. Trois tiers, aucun calcul, c’est ce qui en fait le cocktail le plus facile à mémoriser du répertoire.
4. Le fizz et le collins — le sour allongé
Prenez un sour, allongez-le d’eau gazeuse. Sans glace dans le verre, c’est un fizz. Sur glace dans un verre haut, c’est un collins.
La différence paraît anecdotique, elle ne l’est pas : le fizz se boit vite et mousse, le collins se boit long et reste froid. Deux moments de service différents.
5. Le tiki — l’assemblage
Plusieurs rhums, plusieurs jus, des sirops épicés. Mai Tai, Zombie, Painkiller. La logique n’est plus l’équilibre à trois ingrédients mais la superposition de couches aromatiques.
C’est aussi une esthétique complète : verre sculpté, garniture généreuse, glace pilée. En bar, c’est le format qui fait le plus de photos — et donc le plus de bouche-à-oreille.
6. Le spritz — le format apéritif
Vin pétillant, amer italien, eau gazeuse. Ratio classique : 9 cl de prosecco, 6 cl d’amer, un trait d’eau gazeuse, verre à vin plein de glace, tranche d’orange.
Faible en alcool, préparé en quinze secondes, marge confortable : c’est le cocktail le plus rentable d’une carte de terrasse. À ne pas négliger sous prétexte qu’il est simple.
Le tableau à garder en tête
| Famille | Structure | Technique | Exemple |
|---|---|---|---|
| Sour | alcool + acide + sucre | shake | Daiquiri |
| Highball | alcool + soda | build | Gin Tonic |
| Old Fashioned | alcool + sucre + bitters | stir | Manhattan |
| Fizz / Collins | sour + eau gazeuse | shake puis allonge | Tom Collins |
| Tiki | rhums + jus + sirops épicés | shake ou blend | Mai Tai |
| Spritz | bulles + amer + eau | build | Aperol Spritz |
Créer sa propre recette à partir d’une famille
C’est là que le raisonnement par famille devient un outil de création, et plus seulement de mémorisation.
Partez d’un sour. Remplacez le citron par du pamplemousse, le sirop simple par du miel dilué, le gin par du mezcal. Vous n’avez pas inventé au hasard : vous avez respecté une structure connue en changeant les briques. C’est exactement comme ça que naissent les cocktails signature d’une carte.
La règle qui tient : on ne change qu’une brique à la fois. Sinon on ne sait plus ce qui a fonctionné.
Comprendre les familles, c’est bien. Les exécuter, c’est autre chose.
Le ratio se lit en une minute. Le shake, la dilution, le dosage à l’aveugle en plein rush, ça se travaille. Dans nos formations, vous filmez vos exercices et Frédéric et Marie les corrigent un par un.
Pour aller plus loin : le glossaire du bar en 54 termes et les 102 cocktails officiels IBA 2026.
