Distillerie Hepp : le whisky alsacien d’Uberach, à 35 km de notre centre de formation

En résumé — À Uberach, dans le Val-de-Moder, la Distillerie Hepp fabrique du whisky alsacien à 35 km de notre centre de formation de Drulingen. Trois générations : des ancêtres bouilleurs de cru ambulants, une distillerie fondée en 1972, et Yannick Hepp qui reprend la maison en 2007 et y ajoute le whisky. Alambics en cuivre de 450 litres, eaux-de-vie de fruits, liqueurs, gin, rhum. Portrait avant notre visite.

Uberach était déjà un village d’eaux-de-vie

On parle beaucoup du whisky alsacien depuis quinze ans. On oublie souvent que l’Alsace n’a pas découvert la distillation avec le whisky : elle distille des fruits depuis des siècles, et elle le fait mieux que presque partout ailleurs en France.

Uberach, aujourd’hui rattaché à la commune de Val-de-Moder, appartient à cette géographie-là. Le village était connu pour la qualité de ses eaux-de-vie bien avant de l’être pour son whisky. C’est un détail qui change tout : chez Hepp, le whisky n’est pas arrivé sur un terrain vierge. Il est arrivé dans une maison qui savait déjà distiller.

Définition express — le bouilleur de cru ambulant

Un distillateur qui se déplaçait de village en village avec son alambic monté sur roues, et qui distillait la récolte des particuliers chez eux. Il ne possédait pas les fruits : il possédait le savoir-faire et la machine. C’est le métier des ancêtres de la famille Hepp, et c’est une école particulière — un bouilleur ambulant distille chaque année des dizaines de matières premières différentes, apportées par des dizaines de personnes, avec des maturités et des qualités qui changent à chaque fois. On y apprend l’adaptation avant d’apprendre la recette.

Trois générations, un virage

La distillerie sédentaire naît en 1972, fondée par Tharcis Hepp. On y travaille ce que l’Alsace donne : mirabelle, quetsche, framboise, poire — le répertoire classique des eaux-de-vie de fruits.

En 2007, Yannick Hepp reprend la maison. Il est la troisième génération, et il ouvre un chapitre que ses prédécesseurs n’avaient pas écrit : le whisky.

Étape Ce qui se passe
Avant 1972 Les ancêtres Hepp sont bouilleurs de cru ambulants. Pas de lieu fixe, un alambic qui voyage.
1972 Tharcis Hepp fonde la distillerie à Uberach. Le métier se sédentarise.
2007 Yannick Hepp, troisième génération, reprend la maison et lance la production de whisky.
Aujourd’hui Whiskies alsaciens, eaux-de-vie de fruits, liqueurs, gin, rhum. La maison annonce 18 médailles aux French Drinks Awards 2025.

Reprendre une maison d’eaux-de-vie familiale et y installer une production de whisky, ce n’est pas un ajout de gamme. C’est un changement de rythme. Une eau-de-vie de mirabelle se vend l’année suivante ; un whisky immobilise du stock, de la place et de la trésorerie pendant au moins trois ans avant le premier euro. C’est une décision de chef d’entreprise autant qu’une décision de distillateur — et c’est une des questions qu’on lui posera.

Des alambics de 450 litres

La distillation se fait dans des alambics en cuivre de marque Carl, d’une capacité de 450 litres. Le chiffre mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il dit à peu près tout de la maison.

Définition express — pourquoi la taille de l’alambic compte

Plus un alambic est petit, plus le rapport entre le volume de liquide et la surface de cuivre est favorable. Le cuivre n’est pas là pour la décoration : il capte les composés soufrés et affine le distillat. Un petit alambic donne donc un contact cuivre plus intense — et des coupes plus fines, parce que le distillateur suit sa chauffe au lieu de la piloter par automate. En contrepartie : peu de volume, beaucoup de passages, et une production qui ne se dilate pas sur commande. 450 litres, c’est l’échelle de l’artisan, pas celle de l’industrie. Certaines distilleries écossaises travaillent sur des alambics de 10 000 à 20 000 litres.

Un whisky alsacien, pas un whisky écossais fait en Alsace

C’est la nuance qui sépare les maisons sérieuses des autres. Faire du whisky en France peut vouloir dire deux choses très différentes : reproduire un modèle écossais sous un autre ciel, ou assumer que l’orge, l’eau, le climat et surtout la culture de distillation locale donnent autre chose.

Hepp revendique la seconde voie : des whiskies alsaciens, produits dans une maison d’eaux-de-vie de fruits, par des gens dont le métier d’origine est la distillation de fruits. C’est exactement ce qui nous intéresse.

Définition express — une indication géographique sur un spiritueux

Contrairement au vin, un spiritueux n’a pas d’AOC mais peut bénéficier d’une indication géographique (IG) : un nom de lieu protégé, assorti d’un cahier des charges qui fixe l’origine des matières premières, le lieu de production et les méthodes autorisées. C’est ce qui protège le Cognac, l’Armagnac, le Calvados — et c’est le cadre dans lequel s’inscrivent les eaux-de-vie et whiskies régionaux français. Le détail du cahier des charges applicable au whisky alsacien fait partie des questions qu’on posera sur place : c’est une chose de citer trois lettres, c’en est une autre de savoir ce qu’elles imposent réellement au producteur.

La gamme ne s’arrête pas au whisky

Whisky, oui, mais aussi eaux-de-vie de fruits, liqueurs, gin et rhum. Pour un barman, c’est plus intéressant qu’une distillerie mono-produit : on peut travailler toute une carte avec un seul producteur, à 35 km, et parler de chaque bouteille en connaissant la main qui l’a faite.

Et il y a un point qu’on veut creuser pendant la visite : est-ce que distiller des fruits apprend quelque chose qu’on applique ensuite au whisky ? Notre intuition est que oui — la coupe des têtes et des queues sur une eau-de-vie de fruit ne pardonne rien, et c’est probablement la meilleure école de précision qui existe. Mais c’est une intuition, pas une information. On la lui soumettra.

Ce qu’un barman peut en faire

Trois choses concrètes, et c’est ce qu’on enseigne en formation :

  • Sourcer local devient un argument de carte. Un client alsacien à qui vous servez un whisky distillé à 30 km de sa table écoute différemment. Ce n’est pas du marketing, c’est de la conversation.
  • Les eaux-de-vie de fruits sont sous-utilisées derrière un bar. Elles ne sont pas là pour être servies sèches en digestif à la fin du repas. Quelques millilitres de quetsche ou de framboise dans un cocktail apportent une profondeur qu’aucun sirop ne donne — parce qu’il n’y a pas de sucre dedans.
  • Savoir raconter la maison vaut autant que savoir doser. Trois générations, un bouilleur ambulant, un alambic de 450 litres : voilà trois phrases qui valent mieux qu’une fiche technique apprise par cœur.

On y va bientôt — et on filme

Cet article est un portrait avant la visite. Les éléments qu’il contient viennent de sources publiques : le site de la maison et la presse spécialisée. Nous allons les vérifier sur place, caméra à l’épaule, avec Yannick Hepp.

Ce qu’on rapportera : les alambics en image, le chai, le geste, et des réponses de première main sur le whisky alsacien, la reprise familiale de 2007, et ce que la distillation des fruits apporte à celle de l’orge. L’article sera mis à jour et la vidéo ajoutée ici même.

Pour nous, c’est un déplacement de trente minutes. C’est aussi, pour nos stagiaires en présentiel à Drulingen, la distillerie la plus proche qu’on puisse leur faire visiter.

FAQ

Où se trouve la Distillerie Hepp ?
À Uberach, commune de Val-de-Moder (67350), dans le Bas-Rhin, à une trentaine de kilomètres au nord de Strasbourg et à 35 km de notre centre de formation de Drulingen.

Depuis quand la Distillerie Hepp existe-t-elle ?
La distillerie est fondée en 1972 par Tharcis Hepp. La famille distillait auparavant comme bouilleurs de cru ambulants. Yannick Hepp, troisième génération, a repris la maison en 2007.

Quels alambics utilise la Distillerie Hepp ?
Des alambics en cuivre de marque Carl, d’une capacité de 450 litres — une échelle artisanale, très éloignée des alambics de plusieurs milliers de litres utilisés par les grandes distilleries.

La Distillerie Hepp ne fait-elle que du whisky ?
Non. La maison produit également des eaux-de-vie de fruits, des liqueurs, du gin et du rhum. Les eaux-de-vie de fruits sont même le métier d’origine de la famille.

Peut-on visiter la Distillerie Hepp ?
Les conditions de visite sont à voir directement avec la distillerie. De notre côté, une visite est en cours d’organisation et fera l’objet d’un reportage vidéo.


Portrait publié par Formation Barman le 29 septembre 2026, avant notre visite à Uberach. Les informations historiques proviennent de sources publiques et seront confirmées avec la maison lors du reportage.

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