Whisky Live Paris 2026 : ce qu’on a retenu de nos rencontres

Trois rencontres de plus, publiées dans la foulée

Les brochures rapportées du salon contenaient assez de matière pour trois articles supplémentaires :

  • Kilchoman — la seule distillerie single farm d’Islay : 12 champs, 440 tonnes d’orge, 1 400 fûts par an, plus de 90 heures de fermentation. Le pendant écossais de Daftmill.
  • Lav’a Belle — un apéritif demi-amer à la lavande bio de Provence, décliné en 18 % vol. et en version Liberté à moins de 0,5 %. Le meilleur exemple de no-low qu’on ait vu du salon.
  • Phraya — un rhum thaïlandais vieilli 8 ans en fûts ex-bourbon brûlés, sans sucre ajouté. À lire juste après Prakaan : deux réponses opposées au vieillissement tropical.

Et une quatrième rencontre nous a menés beaucoup plus près de chez nous : la Distillerie Hepp, à Uberach — 35 km de notre centre de formation. Une visite est en cours d’organisation, avec reportage vidéo à la clé.

Et deux repères sur le saké, ramenés du même salon

Le saké occupait une place importante dans les allées. On en a tiré deux articles qui ne racontent pas une maison mais un savoir-faire :

  • Kura Master — le concours français de boissons japonaises, créé en 2017, où les sakés sont dégustés à l’aveugle dans des verres à vin, à 14 °C. Le règlement de ce concours est la meilleure leçon de service de saké qu’on connaisse.
  • Junmai, Ginjo, Daiginjo — le tableau des catégories de saké, ce que veut dire un taux de polissage, et lesquels se mettent en cocktail (et lesquels surtout pas).

Nous étions à la Grande Halle de la Villette le lundi 28 septembre 2026, pour la journée professionnelle du Whisky Live Paris. Trois cents maisons, une trentaine de pays, et onze rencontres qu’on a eu envie de raconter en détail plutôt que de résumer en trois lignes.

Ce compte rendu n’est pas un palmarès. Nous n’avons pas goûté trois cents références et nous ne prétendons pas désigner les meilleures. Nous avons passé du temps sur onze stands, avec des gens qui expliquent ce qu’ils font — et c’est ça qui nous intéresse, parce que c’est ça qu’un barman doit savoir raconter à son client.

Chaque rencontre a son article. Voici ce qu’on en retient, et pourquoi chacune mérite le détour.

Le whisky français a arrêté de s’excuser

C’est le constat le plus net de la journée. Il y a dix ans, le whisky français se défendait d’exister. Aujourd’hui il assume une identité propre — et cette identité passe par le bois et par le vin, deux domaines où la France n’a de leçon à recevoir de personne.

Cormeil, le single malt de la maison Busnel en est le meilleur exemple. Une maison de calvados fondée en 1820, qui brasse, distille, vieillit et embouteille sur un seul site en Normandie. Sept finitions différentes — calvados, xérès, érable, acacia, merisier — à partir de la même eau-de-vie. C’est un cas d’école pour comprendre ce que le fût apporte vraiment. On y explique aussi la chauffe des fûts, et pourquoi un tourbé annoncé à 50 ppm n’en fait plus que 20 à 25 dans la bouteille.

Ninkasi pousse la logique plus loin : la maison récupère chez les vignerons des barriques fraîchement vidées, encore humides de chardonnay, de viognier, de morgon ou de pineau des Charentes. Quatre bois, quatre whiskies qui n’ont presque rien en commun au nez. Et une histoire de nom qui vaut le détour — Ninkasi n’a rien de japonais.

Bellevoye, enfin, assemble trois single malts français distillés par trois méthodes différentes, dont une distillation sous vide empruntée à la haute gastronomie. Olivier Dumont nous a fait toute la gamme, finition par finition, et a posé les chiffres que peu de fiches produit donnent : 20 à 30 ppm sur le grain, 4 à 5 dans la bouteille. La maison sortait aussi un spiritueux au profil de whisky à 20 degrés — la tendance no-low arrive jusque-là.

Deux façons de faire rare

La rareté n’est pas toujours un argument marketing. Chez Berry Bros. & Rudd, embouteilleur indépendant fondé en 1698, elle vient du métier de sélectionneur : acheter des fûts, les élever, décider du moment de la mise en bouteille. Mais la pépite du stand, c’est Daftmill — une ferme-distillerie du Fife qui ne distille que sur deux courtes périodes par an, entre les semis et la moisson. Environ 20 000 litres d’alcool pur annuels, là où une distillerie classique en fait plusieurs millions.

Ballina, de son côté, fait revenir le whiskey dans le comté de Mayo après cent cinquante ans d’absence. Deux expressions : une double distillée, une triple distillée. C’est l’occasion rare de comparer les deux écoles chez une même maison, dans le même verre.

Et puis il y a ceux qui résolvent un vrai problème

Prakaan est le plus spectaculaire de la journée. Première distillerie de single malt de Thaïlande, elle perdait 25 % du contenu de ses fûts chaque année — contre 2 % en Écosse. Sa réponse : creuser ses chais à quatre mètres sous le niveau de la rivière. La part des anges est tombée à 12,5 %. Et pas plus profond : à quatre mètres, l’air circule encore entre les fûts.

Strato s’attaque à un problème que tout barman connaît : les produits à la pistache sont des bombes de sucre, impossibles à équilibrer en cocktail. La maison a désucré son distillat de Pistacchio Verde di Bronte sous les 70 g par litre, là où une liqueur en contient 100 minimum. Le sour servi sur le stand était monté au verjus plutôt qu’au citron — une substitution qu’on enseigne en mixologie, et qui change tout.

Le stand qui nous a le plus surpris

Selvatiq ne cultive rien. Ses trois gins reposent sur trois espèces différentes de genévrier sauvage, cueillies en Sardaigne, au Népal et dans le désert de l’Utah par des communautés locales. Changer d’espèce de genévrier, c’est changer de gin avant même d’ajouter le moindre botanique. Derrière un bar, ces trois-là ne se travaillent pas du tout pareil.

Ce qu’on en retire pour la formation

Une journée de salon comme celle-ci, c’est une masterclass sur le bois. Cormeil, Ninkasi et Bellevoye racontent la même histoire sous trois angles : une eau-de-vie ne devient un whisky qu’au contact d’un fût, et changer le fût suffit à changer le produit. C’est exactement ce qu’on fait travailler à nos stagiaires en dégustation comparative.

L’autre enseignement est commercial. Les chiffres de ppm, la différence entre un distillat et une liqueur, la part des anges sous les tropiques : ce sont des histoires. Un client qui comprend pourquoi un whisky thaïlandais vieillit sous terre ne commande pas le même verre que celui à qui on tend une carte sans rien dire. Savoir servir, c’est bien. Savoir raconter, c’est ce qui fait la différence sur l’addition.

Une rencontre encore en attente

Nous avons également rencontré une maison japonaise de saké et de shochu, à Kumamoto. L’échange s’est fait via un interprète et la traduction était trop approximative pour que nous publiions des faits datés sans les faire confirmer. L’article paraîtra quand la maison aura validé les informations. Nous préférons publier tard que publier faux.

Questions fréquentes

Quand a lieu le Whisky Live Paris ?
L’édition 2026 s’est tenue du 26 au 28 septembre à la Grande Halle de la Villette, à Paris. Le samedi et le dimanche sont ouverts au public, le lundi est réservé aux professionnels.

Faut-il être professionnel pour entrer au Whisky Live Paris ?
Non pour les journées du samedi et du dimanche, ouvertes à tous. Oui pour la journée du lundi, qui demande une accréditation professionnelle.

Le whisky français est-il de bonne qualité ?
Les maisons rencontrées en 2026 maîtrisent leur production de bout en bout et se distinguent surtout par le travail du fût, souvent issu de la filière viticole française. C’est devenu une signature plutôt qu’un rattrapage.

Combien de distilleries étaient présentes ?
Plus de 300 distilleries et marques, venues d’une trentaine de pays.

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